Portrait Stéphanie Schulmann Gaia2

Comment et pourquoi le cheval a changé ma vie ?

C’est une rencontre avec un cheval de 2 ans (Eole) qui a débuté mon changement de vie. Il était agressif et j’avais décidé, je ne sais pas pourquoi, que je l’aiderai. Quelques semaines plus tard je faisais un burnout et quittais mon métier de principale de collège. Je commençais à me poser sérieusement des questions sur la vie que je voulais mener.

A regarder Eole vivre en troupeau, se dire par ses gestes, galoper et cabrioler j’ai appris à évoluer avec lui dans le pré. Eole a disparu du pré un jour où j’allais le voir. Crier son nom dans un pré vide a été pour moi un véritable arrachement. Suite à son départ je n’ai plus jamais eu de nouvelles malgré mes demandes et recherches.

Après ce deuil affreusement difficile à faire quelque chose m’a dit :  plus jamais sans les chevaux. Etant sens dessus dessous, je me suis jetée dans l’action, j’ai repris des études de coaching. Pendant mes études de coaching, j’ai lu un mémoire sur le coaching facilité par le cheval et je suis allée rencontrer l’auteure. La séance que j’y ai vécue m’a confortée dans mon choix de « plus jamais sans cheval ». J’ai alors trouvé, pour me faire aider, des séances d’équicoaching près de chez moi puis je m’y suis formée. Vivre avec les chevaux, prendre soin d’eux a été la meilleure manière de ressentir combien leur présence est apaisante.

Eole m’a appris à « être ». C’était parce qu’il était un cheval que j’ai appris à « être » aussi. Juste ressentir son corps en mouvement, son énergie posée ou forte, sentir les odeurs de l’air, de sa crinière, écouter les bruits de la nature, écouter mon intérieur.

En travaillant avec les chevaux j’ai compris que parce qu’ils étaient des proies, comme bon nombre d’entre nous, ils étaient en vigilance permanente et que cela leur permettait d’avoir une pleine conscience, une ultra conscience. J’ai moi aussi été une proie, celle de mes profs qui voulaient ma peau parce que j’étais le « Medef », la proie d’hommes avides ou peu scrupuleux.

Le cheval se moque des apparences, il sait déjà dans quel état d’esprit je suis, pas de talons ou maquillage, il s’en moque. Il se moque aussi de mon statut social. Que lui importe que je sois chef d’établissement. Il ne voit que ce que je ressens, il sait me lire en profondeur et parfois agit même avant que je ne prenne conscience de ce qui se passe en moi.

Sensible, il sait percevoir un changement de rythme cardiaque ou d’énergie à vingt mètres. Il sait sentir une mouche sur sa peau et la frisse pour la faire partir. Sa rapidité, sa dextérité à ressentir le protège. Il fait confiance à ses intuitions, à ses sensations. Il m’apprend à faire pareil et à me protéger de l’agressivité ambiante du monde dans lequel je vis qui ne me correspond pas toujours ou me laisse dans l’incompréhension. Le cheval ne tergiverse pas. Il ressent et agit. Cela lui suffit pour être heureux.

Fort et vulnérable à la fois il incarne mes ambivalences, mes élans et mes peurs. La puissance de ses muscles rejoint ma résilience et me montre que je peux être forte et rebondir. Sa vulnérabilité en tant que proie me réconcilie avec ce que je juge comme des faiblesses, je suis invitée à écouter ce que je ressens et à en tenir compte pour en prendre la responsabilité et choisir de me faire du bien.

Le cheval est muet : il ne fait que danser, et montre la sensualité d’un corps qui bouge. Son langage est au-delà des mots. Pas vraiment de vocabulaire nécessaire, seul celui du ressenti en gestes. Il fuit, vient, dans des allers et venues qui m’invitent à prendre conscience de ce qui se passe en moi.

Sa surface de caresse est immense et le toucher me fait me sentir enveloppée, la chaleur et la douceur de son corps me remplace le sein maternel que nous n’avons pas eu comme nous en avions vraiment besoin, la douceur et l’odeur d’une peau si longtemps attendue comme une consolation. Sa crinière est le réceptacle de larmes souvent retenues depuis longtemps. Il est présent et accueille sans commentaire ce qui vient de nous. Il nous guérit par sa bienveillance.

Le cheval est grégaire, il a besoin des autres accepte sa dépendance et la vit sereinement parce qu’elle le protège. Il me montre que ma force c’est les autres, et que -bien que j’ai eu maille à partir avec les gens – ils restent mon refuge et ma force. C’est quand je choisis de m’entourer d’un environnement humain qui me vitalise que je peux vivre en fidélité à moi mes élans les plus profonds.

Il est authentique et sincère. Bien qu’on projette souvent sur lui nos interprétations il reste égal à lui-même, ne fait que dire sans mot notre inconscient, la manière dont on le vit. Finalement quand on parle de lui, c’est bien de soi dont il s’agit. Aucun mensonge n’est possible car il sait bien avant nous que nous sommes vulnérables, que nous résistons ou que nous nous racontons des histoires, même si c’est pour se rassurer. Lui sait déjà que c’est un leurre. Seule notre vérité compte et il la perçoit.

Pour travailler avec un cheval il faut travailler sur soi. Pour avoir une relation de complicité, une relation faite de don, je dois agir en cohérence avec ce que je ressens, lui ressembler d’une certaine manière.

  • Si je n’ai pas conscience de là où j’en suis-je ne peux pas le reconnaître et le cheval me le montrera en s’éloignant.
  • Si j’admets ce qui se passe en moi comme étant la réalité de l’instant alors le cheval s’intéresse à ma congruence.
  • Si je m’autorise à reconnaître mes émotions, alors il s’approche avec douceur et curiosité pour me soutenir.

La présence au cheval, dans son silence m’apprend à taire ma tête et mon égo, je deviens humble et ancrée dans l’ici et le maintenant. Grâce à cet ancrage je deviens son leader et il me suit librement. Pas besoin de domination ou d’attache, il m’offre le meilleur de lui car – à ce moment-là, je suis au meilleur de moi. Alors voilà pourquoi aujourd’hui je veux vivre avec eux, ils reflètent tout, ce sont des miroirs magnifiants et magnifiques qui mettent en valeur le diamant mal dégrossi et brut que je suis encore. Aujourd’hui, après 4 ans de ce travail sur moi, je suis enfin l’heureuse maman d’une crevette de 4 ans qui pèse 650kg. J’ai enfin trouvé mon endroit. Elle est ma terre mère et s’appelle Gaia

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